Manioc

 

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 MANIOC

 

Le manioc, aussi connu sous les dénominations de cassava, yucca ou tapioca, est un arbuste avec des racines tubéreuses. Il constitue la troisième source de calories dans les pays tropicaux après le riz et le maïs. Cette euphorbiacée aurait été produite dès l’époque précolombienne au Brésil, en Guyane et au Mexique puis emportée en Afrique par les navigateurs portugais. Le manioc est utilisé pour l’alimentation humaine et animale, dans de nombreux secteurs industriels, notamment sous la forme d’amidon, et plus récemment pour produire de l’éthanol. Le manioc est avant tout cultivé pour ses racines mais la totalité de la plante peut être utilisée : le bois comme combustible, les feuilles et les épluchures pour l’alimentation animale et même les tiges comme sel alimentaire. La plante présente une bonne résistance à la sécheresse, aux maladies et aux ravageurs, et surtout un très bon rendement. Un pied de manioc peut produire 5 à 6 kg de tubercules dont le poids varie de 100g jusqu’à 3 kg. Néanmoins, compte tenu de sa forte teneur en eau (entre 60 et 65%), les tubercules sont facilement périssables , nécessitant de le transformer près des lieux de production ce qui constitue un frein majeur à son exportation. On distingue deux catégories principales de manioc selon leur teneur en acide cyanhydrique : le manioc doux (pour la consommation directe du tubercule) et le manioc amer (pour la fabrication de la fécule et autres dérivés)(1). La demande pour les produits dérivés du manioc -amidon, farine et cossettes- est croissante car ils ont une durée de conservation plus longue et leurs prix sont souvent compétitifs face aux autres produits alimentaires de base. A noter que plusieurs programmes de recherche sont en cours pour créer des variétés résistantes aux maladies telles que la Mosaïque qui provoque le jaunissement et la perte des feuilles et empêche la croissance des racines -elle causerait la perte de 35 millions de tonnes par an en Afrique(2)- ou encore la maladie des stries brunes. La plante est également affectée par la pourriture des tiges et des racines ainsi que par les insectes.

Production

La production mondiale de manioc est d’environ 250 millions de tonnes (Mt) par an. Après 15 ans de croissance ininterrompue et une progression de 13% entre 2006 et 2009, elle chuterait à 249 Mt en 2010 suite à une mauvaise récolte en Thaïlande due à des maladies et à la sécheresse. L’Afrique contribue pour plus de la moitié à l’offre globale avec en tête le Nigeria qui représente à lui seul plus du tiers de la production d’Afrique (environ 45 Mt) ; il est aussi de loin le plus gros producteur mondial. Suivent la République démocratique du Congo (RDC) avec environ 15 Mt, l’Angola et le Ghana (quelque 12 Mt chacun) et le Mozambique (9 Mt). Denrée alimentaire de base et contribuant fortement à la sécurité alimentaire, le continent consomme quasiment l’intégralité de sa production. Contrairement à l’Afrique, l’Asie encourage le développement de la culture du manioc à des fins industrielles et énergétiques. Ce continent contribue à environ 1/3 de la production mondiale, avec 60% produit par la Thaïlande (environ 25 Mt) et l’Indonésie (22 Mt). Le Vietnam et la Chine montent en puissance et produisent chacun entre 8 et 9 millions de tonnes par an depuis 2008. L’Inde, désormais 3ème producteur de manioc en Asie, connaît aussi une croissance continue de sa production avec plus de 30% de hausse entre 2006 et 2010. En Amérique latine et aux Caraïbes, la production est relativement stable, autour de 35 Mt entre 2006 et 2009, ce qui représente près de 20% de l’offre mondiale. Le Brésil domine avec quelque 70% de la production régionale et se dispute avec la Thaïlande, suivant les années, la place de deuxième producteur mondial ; le pays devrait accroître sa production à la suite d’une augmentation des superficies cultivées. Hors Brésil, les deux autres producteurs significatifs sont le Paraguay (environ 5 Mt) et la Colombie (1,5-1,7 Mt).

 

Source : données de la FAO

Source : données de la FAO

Consommation


La demande mondiale de produits dérivés du manioc est sur un trend croissant mais seule la Thaïlande, premier pays producteur mondial d’amidon de manioc, est réellement engagée dans un processus de transformation pour des utilisations industrielles.
Dans l’analyse du marché des produits dérivés du manioc,  on ne distingue pas fréquemment farine et amidon de manioc ; ils proviennent de la même fécule de manioc mais passent par des phases de production différentes.


• La farine de manioc
La farine est obtenue à partir du séchage des racines préalablement découpées en fragments : lavage des racines, épluchage, découpage en cossettes, séchage et mouture. Au Brésil, 70 à 80% de la production  de manioc est consacrée à la fabrication de farine.


• L’amidon de manioc
L’amidon est une matière extraite des tubercules qui doivent être transformées dans les 48 heures une fois récoltées. Par lavage, pelage, et râpage, on libère les grains de fécule qui sont traités ensuite par trempage, tamisages successifs, centrifugation, pressage, séchage et blutage avant empaquetage.   L’amidon est utilisé dans de nombreux secteurs dont l’industrie alimentaire, la chimie pharmaceutique,  la fonderie,  les textiles, le papier et les adhésifs. Selon la FAO, de façon globale, 60 Mt d’amidon sont en moyenne extraites par an à partir de  diverses céréales, racines et tubercules mais seulement 10% de cet amidon provient du manioc. A noter que les pays tropicaux importent chaque année de l’amidon de maïs pour plus de $80 millions alors que, bien souvent, ils pourraient produire localement de l’amidon de manioc.
En Amérique latine et aux Caraïbes, l’extraction d’amidon se développe lentement et l’on estime que la région ne représente que 4% de l’offre mondiale de fécule de manioc, privilégiant l’amidon du maïs.
Les pays  d’Afrique sont peu ou pas présents sur ce secteur de transformation, en dehors du Nigeria et de l’Afrique du sud   : le continent consomme les racines fraîches ou au premier stade de leur transformation.


• L’éthanol
La production  mondiale de bioéthanol, de façon générale, devrait atteindre 155 milliards de litres en 2020, soit 50% de plus qu’en 2011. Si le manioc est encore un petit joueur sur cette scène des biocarburants, son rôle devrait croître compte tenu des orientations de la Chine. En effet, avec une tonne de manioc, ayant une teneur en amidon de 30%, on peut produire environ 280 litres d’éthanol pur à 96%.


• Les aliments pour le bétail
C’est surtout au Brésil et en Colombie que le manioc est utilisé pour l’alimentation animale ; environ la moitié de la production en Amérique Latine y est consacrée, le solde étant dédié à l’alimentation des populations locales et aux exportations vers le Nigeria, la Chine, les Pays-Bas et l’Espagne. Souvent, les déchets comme les feuilles, l’écorce des tiges et la peau séchée des racines sont donnés aux animaux.

Les échanges


Seulement quelque 10% de la production mondiale de manioc fait l’objet d’échanges. Depuis ces dix dernières années, les flux vers l’Asie se sont fortement accélérés et aujourd’hui l’Asie représente 98% des importations mondiales et 97% des exportations. C’est en 2001 que pour la première fois les importations de manioc des pays en développement ont dépassé celles des pays développés. Depuis, les flux internationaux se sont concentrés sur l’Asie, surtout sur la Chine.
Le continent asiatique est le plus grand importateur de racines de manioc avec 6,247 Mt de racines importées en 2010 sur un total mondial de 6,392 Mt. La Chine représente à elle seule plus de 92% des importations asiatiques, ses achats ayant triplé depuis 2001 et ce de façon régulière chaque année, à l’exception de 2008. Outre ses importations, la Chine a donné un coup d’accélérateur à sa propre production qui a doublé en cinq ans pour atteindre environ 8 Mt actuellement. Cet intérêt pour le manioc s’explique par le dynamisme de sa filière éthanol : la Chine est aujourd’hui troisième producteur mondial d’éthanol après les Etats-Unis et le Brésil. La décision de  Beijing en 2007 de ne plus utiliser les céréales pour produire des biocarburants afin de ne pas fragiliser sa sécurité alimentaire a incontestablement dopé la demande de manioc. Actuellement, 50% de la production d’éthanol provient du manioc et de la patate douce. 
Longtemps destination principale des exportations mondiales de manioc, principalement sous forme de granulés pour alimentation animale, l’Union européenne, qui applique des contingents tarifaires annuels pour l’importation de manioc et fécule de manioc, est devenue un acteur mineur avec des volumes d’importation qui fluctuent en fonction du marché céréalier européen. Depuis 2009, l’abondance des approvisionnements communautaires en céréales fourragères a contribué à la diminution des importations.
La Thaïlande, premier exportateur mondial de manioc, domine le marché. Elle exporte chaque année environ 4 Mt de racines, à l’exception de 2008,  et environ 4,5 Mt de cossettes en 2010 dont 4,4 Mt à destination de la Chine.  Les volumes sont aussi relativement stables en Indonésie avec 145 000 t de manioc exportées tandis que le Vietnam et dans une moindre mesure le Cambodge enregistrent une progression significatives de leurs exportations : au Vietnam, elles sont passées de 304 000 tonnes en 2006 à 1 Mt en 2010. Quant au Cambodge, quasi inexistantes avant 2008, année où le pays s’est lancé dans la production d’éthanol, elles se sont élevées à 345 000 tonnes en 2009 et 128 000 tonnes en 2010.  Néanmoins pour ces deux pays, la FAO souligne que des préoccupations environnementales sont de plus en plus présentes.
Hors Asie, le  Costa Rica (92 000 tonnes exportées en 2010) fournit principalement le marché américain (70% des exportations) tandis que le Paraguay consacre la totalité de ses exportations au Brésil. En Afrique, l’Ouganda est le seul pays africain qui se distingue par ses exportations vers le Burundi, le Rwanda et le République démocratique du Congo. Quant aux Pays-Bas et à l’Espagne, ils réservent une partie de ce qu’ils ont importé pour les vendre aux autres membres de l’Union Européenne.

 

Les prix

 

Source :Global Information and Early Warning System (GIEWS) 

A l’instar de nombreuses autres matières premières, les prix à l’exportation de la farine et de l’amidon en Thaïlande (FOB Bangkok), prix de référence, se sont appréciés notamment au cours de la deuxième moitié de la dernière décennie. Sur les onze dernières années, ils ont été multipliés par plus de trois, passant de $146,15 la tonne en janvier 2000 à $509,21 la tonne en mai 2011, avec un plus haut historique enregistré en août 2010, à $ 630 la tonne, suite à une mauvaise récolte en Thaïlande. Depuis lors, les cours se situent dans une fourchette comprise entre $ 500 et 600 la tonne(9). 

Traditionnellement, les prix à l’exportation de la fécule de Thaïlande sont compétitifs face à la farine de maïs, de blé ou de la pomme de terre. Le prix des cossettes à destination de la Chine (FOB Bangkok) suit la courbe des prix de la farine/fécule mais de manière moins accentuée et n’a pas flambé en août 2010. Pour leur part, les  prix intérieurs de Thaïlande pour les racines de manioc  sont passés de $57,2 la tonne en 2008 à $41,4 en 2009 et $76,1 en 2010. 

Les enjeux alimentaires

Le manioc, cultivé en monoculture ou associé à d’autres vivriers, permet de nourrir près de 700 millions (10) de personnes en Asie, Afrique et Amérique latine. Dans les pays ACP d’Afrique, le manioc est un aliment de base pour les populations, consommé sous forme de racines fraîches ou de produits issus de la première transformation (gari, attiéké, foufou, tapioca, lafun …) ; sa vente est aussi une source de revenus en milieu urbain. La consommation de manioc par habitant est de 115 kg par habitant en 2010 dans les pays ACP africains contre 18 kg dans le reste du monde.
Riche en glucide mais faible en protéine, la crise alimentaire de 2008 a conforté les gouvernements africains dans leur politique de développement de la culture du manioc et de promotion de sa consommation, notamment en mélangeant farines de manioc et de blé pour fabriquer du pain. Outre ses propres caractéristiques favorables, comme ses rendements élevés à l’hectare, sa faible exigence en intrants ou sa tolérance à la sécheresse, le manioc présente l’avantage de pouvoir rester en terre plus d’un an et ainsi être récolté en cas de pénurie alimentaire ou de hausse des prix des céréales. Son seul handicap demeure sa fragilité une fois récoltée ce qui ne permet pas de le transporter facilement.
En 2004, le Nepad (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique) a lancé l’Initiative panafricaine pour le manioc (NPACI) dont l’objectif est de valoriser le potentiel en Afrique tant pour améliorer la sécurité alimentaire que comme source de revenus. Financé par la Fondation W.K. Kellog et s’appuyant sur les systèmes nationaux de recherche et les initiatives régionales, il intervient sur le développement de la production et sa transformation. Ainsi, l’International Institute of Tropical Agriculture (IITA), basé à Ibradan au Nigéria, a engagé depuis 2009 un projet de recherche pour développer des variétés améliorées mais non génétiquement modifiées de manioc. La dernière née peut avoir jusque 6-7 tubercules au lieu des 2-3 tubercules de base (11) avec des rendements de 30%  plus élevés, tout en résistant aux  maladies.

Références

(1) Le manioc, Laure Bichon, www.ledamed.org/IMG/html/doc-10011.html
(2) Food Outlook November 2010 
(3) Potentialités de nouveaux produits dérivés du manioc au Brésil, G. CHUZEL, N.ZAKHIA, M.P.CEREDA, 1995, éditions ORSTOM
(4) Etude de marché pour la commercialisation de la farine de manioc (Vanuatu) en Nouvelle-Calédonie, François JAPIOT, Avril 2009
(5) http://indices.usinenouvelle.com/matieres-premieres-industrielles/l-amidon-de-manioc-un-marche-a-forte-valeur-ajoutee.933
(6) Focus : l’amidon du manioc, Octobre 2006,  FAO
(8) Global Information and Early Warning System (GIEWS)
(9) Tapioca Starch Price of The Week in 2005-2011, Thai Tapioca Starch Association
(10)http://www.fao.org/ag/ags/gestion-apres-recolte/racines-et-tubercules/fr/
(11)Une nouvelle variété de manioc part à l’assaut de la faim en Afrique, Senegal Business, 30 Août 2010

 

 


Dernière mise-à-jour le 20/04/2012